Réédition de travaux : HISTOIRE de la PETITE ENTREPRISE


Un tourneur de boutons à La Villette
(L'illustration, nov. 1886)
Gravure de F. de Haeken

L'atelier



1. "Note sur la petite entreprise en France au XIXe siècle. Représentations d'État et réalités"
La question ici posée est celle de la nature économique de la petite entreprise au 19e siècle en France, et cela en examinant la façon dont l'État a parlé d'elle, que ce soit dans les enquêtes qu'il a pu conduire, à l'occasion des recensements de population ou encore dans l'élaboration des lois sur l'impôt des patentes. Cet examen conduit à penser que la petite entreprise n'est pas l'heureuse survie d'un ancien système de production, mais constitue un rouage des nouveaux systèmes de production industrielle.

Article extrait de l'ouvrage Entreprises et entrepreneurs. Congrès de l'Association française des historiens économistes, mars 1980. Paris, Presses de l'Université Paris-Sorbonne, 1983, p. 199-215, 367-368.

2. "Une source pour l'histoire du patronat parisien : la liste consulaire de 1912"
Cet article expose les résultats d'un sondage au 20e réalisé sur un important document manuscrit, la liste des électeurs inscrits à la Chambre de commerce de Paris en 1912. La loi de 1908 avait mis fin au système des notables commerçants, mais divisé les électeurs en deux catégories très inégales en nombre et en pouvoir.
Quelques résultats saillants apparaissent : la grande entreprise est surtout aux mains de Parisiens de naissance, les origines géographiques du grand et du petit patronat ne sont pas les mêmes, caractère limité des "monopoles" d'originaires sur les métiers... Un traitement exhaustif du document approfondirait singulièrement notre connaissance des patronats parisiens.

Article extrait du Bulletin du Centre d'histoire de la France contemporaine [Université de Université Paris Nanterre-Nanterre] n° 13, 1992, p. 61-74.

Aucune analyse approfondie, à notre connaissance, n'a été entreprise de cette liste, ou d'une liste d'autre date. Certes, d'importants travaux ont été menés et publiés ces dernières années sur l'histoire des chambres de commerce, mais toujours avec le souci d'étudier l'institution et non pas, à travers elle, la "base" patronale. On trouvera néanmoins quelques aperçus sur la constitution des deux catégories d'électeurs consulaires, et l'inégale participation électorale des inscrits selon la catégorie, dans le chapitre écrit par Christophe Bouneau et Philippe Lacombrade, "Préoccupations internationales et action locale", in La Chambre de commerce et d'industrie de Paris (1803-2003) Histoire d'une institution, Genève, Droz, 2003, 348 p. (voir les pages 134 à 137)


3. "Petit atelier et modernisme économique : la production en miettes au 19e siècle"
L'article définit d'abord les principes d'analyse de cette forme complexe de production morcelée appelée encore "Fabrique" au XIXe siècle : coexistence dans les industries ainsi organisées d'entreprises indépendantes (division patronale de la production) et de façonniers isolés (façonnage) ; rôle à la fois directif et incitatif de l'entrepreneur central (le fabricant). Quelques industries sont ensuite décrites à grands traits pour illustrer et nuancer ces principes : le tissage lyonnais et stéphanois, la coutellerie de Thiers et quelques activités parisiennes comme l'éventail. La seconde partie de l'article s'attache aux façonniers en ajoutant aux exemples précédents celui de l'industrie parisienne du vêtement et du meuble. Le tarif qui rétribue les façonniers ne tient pas compte des multiples charges d'entreprise qui pèsent sur eux. Issus pour la plupart du salariat, mais rejetés par le milieu ouvrier, la gêne ou la misère est souvent le seul fruit de leur sur-travail, mais la conjoncture ou la spécialité de travail peuvent faire accéder certains au rang de patron indépendant.

The article first defines the principles for analyzing the complex form of parcellized production still called "Fabrique" during the nineteenth century : the coexistence, within the industries organized in this way, of independent concerns (division of production by the employers) and isolated outworkers (domestic system) ; the role of the central entrepreneur (the "fabricant"), one both of management and of incitement. To illustrate these principles and bring out some of their subtleties, a few industries are then described in their broad outlines : the textile industries of Lyons and Saint Etienne, the cutlery of Thiers and some Parisian activities such as the manufacture of fans. The second part of the article focusses on the outworkers, adding to the examples already examined those of the clothing and furniture industries of Paris. The fixed rate for the remuneration of outworkers does not take into account the numerous expenses to which their activities make them liable. Most of them come from the ranks of employees, but are rejected by the workers' milieu. Hard times or misery are often the only fruits of their over-work, although the economic conjuncture or a specialized line of work can sometimes enable some of them to join the ranks of independent employers.

Article extrait de la revue Histoire, Économie et Société, 1986, n°4, p. 531-557

Cet article a son histoire. Il devait paraître dans un ouvrage collectif situé dans le sillage des travaux et des recherches sur l'histoire de la petite entreprise dont Philippe Vigier, à Nanterre, fut l'instigateur en 1976, puis le principal animateur. Je pense qu'il avait voulu ainsi répondre, à sa manière, à l'appel plusieurs fois lancé par Ernest Labrousse en faveur d'une histoire économique et sociale de la petite bourgeoisie et de l'artisanat : "L'artisanat, disait le vieux maître (1), doit être une de nos préoccupations essentielles. Cette étude de l'artisanat et du monde des petites entreprises doit nous dire dans quelle mesure les degrés inférieurs du groupe sont plus ou moins assimilables au salariat."
Un séminaire fut organisé, puis s'enchaînèrent, au fil des années, plusieurs tables rondes internationales, organisées conjointement par Vigier, Heinz-Gerhard Haupt et Geoffrey Crossick. Cette activité donna la matière de plusieurs numéros spéciaux de revue et d'un ouvrage collectif en langue anglaise. Cela me donna l'idée de rassembler dans un ouvrage français certains travaux restés inédits, et naturellement à cette occasion d'en susciter d'autres. Je sollicitai notamment des historiens étrangers ayant travaillé sur la France : Haupt lui-même, mais aussi Philip Nord et Nicholas Papayanis. J'ai le souvenir d'avoir passé bien du temps à réécrire le texte de ces auteurs qui avaient fait l'effort de rédiger en notre langue, mais sans maîtrise véritable du français écrit.
L'ensemble de l'ouvrage était bien plus vaste que ces quelques textes, et une introduction générale fut rédigée à trois, Vigier, Haupt et moi (2). Malheureusement ni les démarches de Vigier ni mes efforts ne purent convaincre les deux éditeurs à qui le texte fut successivement présenté : les PUF, puis les Presses de "Sciences po". Non sans cynisme, ces dernières, par le truchement de Mireille Perche, me firent revoir le plan, écarter certains auteurs, alléger certaines parties... pour finalement refuser le manuscrit. Ces éditeurs ont publié et publient encore des ouvrages collectifs que celui-ci valait bien.
Je dus m'employer alors à "placer" les principales contributions dans les revues qui voudraient bien les accueillir. Je dois à la vérité de dire que j'envoyai d'abord mon article aux Annales, brève folie des grandeurs. Bien mal m'en prit puisque je reçus cette lettre de la rédaction de la revue, signée de Bernard Lepetit :
"L'idée - artisanat n'est archaïsme - et certains exemples, nous ont paru intéressants. Malheureusement, il nous a semblé que votre analyse, longue et descriptive, était trop peu approfondie et juxtaposait plus qu'elle ne nouait d'une manière convaincante l'économique et le social, problème crucial pour ce mode de production."
Etait-ce fondé ? Texte sans profondeur ? Analyse descriptive ? Le péché était grand sans doute aux yeux d'un maître de "l'Ecole". Remarquons que la description ne saurait exister puisque l'historien, même le plus frustre, opère toujours un choix dans les documents rencontrés.
J'avais à vrai dire un autre fer au feu, grâce à des contacts à la revue Histoire, Économie et Société. Celle-ci publia trois textes courant 1986, celui de Jean-Claude Farcy sur l'artisanat rural dans la Beauce, le texte de Papayanis sur les fiacres et le mien. Ces trois articles sont aujourd'hui disponibles sur le site Persée. La même année, la Revue historique prit en charge, sous la pression de Vigier, l'étude de Philip Nord sur les mouvements de petits propriétaires ; enfin j'assurai la publication du Haupt et du Machefer dans le Bulletin du Centre d'histoire de la France contemporaine. On pourra trouver ici ces deux textes et apprécier particulièrement celui de l'historien allemand :

H.-G. Haupt,"Les petits commerçants et la politique sociale. L'exemple de la loi sur le repos hebdomadaire"
Philippe Machefer, "Le Parti social français et la petite entreprise"

L'article de Jeanne Gaillard sur la patente, écrit pour cet ouvrage – "Les intentions d'une politique fiscale : la patente en France au XIXe siècle"– prit place naturellement dans le numéro d'hommage qui lui fut consacré à Nanterre après sa mort.

Si ce fiasco fit une victime, ce fut bien Jean Le Yaouanq, enseignant à Tours, et dont un texte - intitulé "Aux sources de l'histoire de la petite entreprise parisienne au 19e siècle" - devait figurer dans l'ouvrage. Une autre étude rédigée par lui et présentée à la table ronde de 1981 est restée inédite, à ma connaissance, et c'est fort injuste (3).
Quant à mon étude, la version ici présentée est la version intégrale, celle destinée à l'ouvrage, la revue HES m'ayant prié d'écourter le texte. Elle a bien des défauts, sans doute, mais je tiens ici à attirer l'attention du lecteur sur une erreur : l'usage du mot "fabrique", ou plutôt "Fabrique", pour désigner de façon générique à Paris tout le secteur de production déconcentrée qui est l'objet de cet article. Certes, dans telle ou telle industrie, on parlait bien de la "fabrique de Paris", mais c'était tout simplement une façon de désigner l'industrie en cause dans son extension parisienne, et sans aucun sous-entendu quant à son organisation. Adopter le mot serait penser et faire croire que ce secteur existait comme forme économique spécifique dans l'esprit des contemporains, ce qui n'est pas. L'expression d' "articles de Paris", à laquelle on songe alors, ne convient pas plus, pour cette raison que l'extension précise de la branche varie infiniment d'une source à l'autre. La Chambre de commerce n'a pas la même définition que les dictionnaires de l'industrie par exemple ou encore les rapports économiques de la police.
L'expression d' "industries dispersées" est sans doute l'appellation qui trahirait le moins les réalités de ce passé de l'industrie.

(1) L'histoire sociale, sources et méthodes, 1967, p. 180. Il s'agit du fameux colloque de Saint-Cloud (auquel Vigier assistait).
(2) L'ensemble du manuscrit et de la correspondance avec les auteurs et les éditeurs figure dans les archives du Centre d'histoire de la France contemporaine versées par mes soins aux Archives départementales des Hauts-de-Seine. On trouvera aussi dans ce versement les procès-verbaux des séminaires tenus à Nanterre sur l'histoire de la petite entreprise.
(3) Ce texte avait pour titre : "Aux origines du milieu boutiquier parisien au 19e siècle : la nuptialité et ses aspects sociaux"


4. "Le monde de l'ameublement au faubourg Saint-Antoine"

Article extrait de : Les Alsaciens du faubourg Saint-Antoine, fondateurs de l'Église protestante du Bon-Secours, colloque organisé le 22 septembre 2002. Paroisse protestante du Bon-Secours, s.d. [2003], p. 33-39.

Tract publié en 1912 par la Chambre syndicale
des ouvriers ébénistes du département de la Seine.
Dessin de Paul Poncet (Archives nationales : F7 13636)

La boutique



Carte-photo. On lit au verso :
"Voici une vue prise sur le vif de notre maison de Bobigny.
Une boite comme aspect et qui cependant dépasse certainement un demi million annuel de chiffre d'affaires.
Nous en sommes très satisfaits." Jules D..., 29 juin 1925



1. "L'épicerie parisienne au XIX siècle ou la corporation éclatée"

L'épicerie parisienne dans la première moitié du XIX siècle est un commerce depuis peu sédentarisé et sans clivage majeur entre ses membres ; les meilleures boutiques sont alors tenues par un réseau de familles et l'ensemble du métier est chapeauté par les grossistes. Dans les années 1860, avec Félix Potin apparaît la grande surface qui bouleverse les techniques de vente et dont le développement fait peu à peu disparaître l'épicerie traditionnelle dans le centre de Paris. Dans le même temps, le peuplement des faubourgs ouvriers entraîne la croissance d'une jeune petite épicerie, très nombreuse et adaptée à sa clientèle. L'étude des dossiers de faillite entre 1880 et 1895 montre que ce petit patronat se renouvelle par ses commis, au prix d'une très forte sélection, et non par transmission familiale des fonds. La petite boutique ne constitue pas la base d'un patrimoine. Une grande instabilité l'emporte dans le métier, aussi bien pour les individus dans les commerces que pour les familles dans la société.
 
In the first half of the XIXth. century the Parisian grocery trade had not been long installed in fixed premises, and there was no major division between its members. The best shops, at the time, were in the hands of a network of families, with the wholesalers at the top, controlling the trade in general. in the 1860s, Felix Potin introduced a new and larger type of grocery shop which overthrew habitual modes of retail ; this competition gradually forced the traditional grocery trade out of the centre of Paris. During the same period, the development of the peripheral working-class districts brought with it the growth of a novel, small-scale grocery trade, with numerous shops adapted to the habits of their customers. The study of bankruptcy records for the years 1880 to 1895 shows that these small businesses were not handed down from father to son, but carried on by a select few of the grocers' employees. A small grocery shop was rarely the basis of a patrimony. The trade was characterised by great instability, not only for the shopkeepers themselves, but also in terms of social mobility between father and son.

Article publié dans Le Mouvement social, n° 108, juillet-septembre 1979, p. 113-130.
Traduction anglaise in G. Crossick et H. G. Haupt eds, Shopkeepers and Masters artisans in nineteenth-century Europe. Londres et New-York, Methuen, 1984, p. 155-174.
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2Entretiens avec René Robinot (1886-1987) en 1975 et 1978

Réné Robinot fut commis épicier, représentant de commerce puis patron épicier rue des Couronnes à Paris de 1922 à 1960.
Transcription intégrale de ces entretiens,  complétée par des photographies et des documents.

Mis à jour le 16 janvier 2017